Jacques Rhéaume

Le vieux professeur, l'époux aimant, le père, le grand-père, le bricoleur, le dépanneur, le réparateur

Sept anecdotes en guise de CV.
Jacques Rhéaume
vieux professeur

À la garderie

Le titre est trompeur, je suis né avant l’âge des garderies. Je dis souvent « Ma garderie, c’était la quincaillerie ». Effectivement, on se débarrassait de moi en m’envoyant tout simplement dans la quincaillerie où j’ai beaucoup appris, surtout par observation et par expériences ou essais approximatifs. On me confiait souvent des petites tâches comme peser des petits sacs de colle à tapisserie, essentiellement de la farine. Je me souviens aussi des clients qui arrivaient avec une lampe de poche où les vieilles piles s’étaient vidées. Avec un petit tournevis, on me chargeait d’enlever le vert de gris et autres sels corrosifs venant des piles. J’ai un souvenir profond du petit tournevis. (Le visiteur du site le retrouvera bien un peu plus loin.)

Le point central de cette anecdote ne m’a pas été demandé, j’ai trouvé un problème moi-même par observation. En ce temps-là, les clients voulaient voir avant achat que leurs piles et leurs ampoules étaient fonctionnelles. À chaque fois qu’un client demandait une 60 watts, le commis vissait une ampoule dans une douille, on disait socket, et le client la voyait allumée. À sept ans environ, je savais que les filets servaient de vis pour tenir l’ampoule mais pour la vérification, c’était un visse et dévisse inutile et une perte de temps. J’ai donc entrepris de briser une queue de cochon, comme on appelait la douille en caoutchouc avec ses deux fils à tortiller. J’ai aplati avec une pince les filets de la douille et voilà. Dans le nouveau circuit, le commis tenait simplement l’ampoule qui s’allumait sans visser ni dévisser. C’était ma première patente.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. Si la merveilleuse invention d’Archimède qu’est la vis ne sert pas à attirer de l’eau dans une pompe à vis ou à joindre 2 pièces, il vaut mieux ne pas s’en servir et imaginer autre chose.

À l'école

J’étais en quatrième année et plutôt un bon élève. Notre maîtresse Yolande Mayrand, on ne disait pas enseignante en ce temps-là, se chargeait aussi de la chorale des classes de 4ème et de 5ème. On inaugurait ensemble la nouvelle salle toute neuve de l’Académie Sainte Chrétienne. Yolande faisait son possible mais ça faussait. Elle a tôt fait de mettre en cause mon talent limité. Alors elle me confia le contrôle des rideaux, ça fonctionnait comme une corde à linge, et de l’éclairage en rouge, vert et bleu. J’ai bien apprécié cet apprentissage forcé mais adapté. Le rideau se promenait entre chaque chanson et les couleurs changeaient très souvent.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. Un manque de talent en a fait découvrir un autre. Plus tard, j’ai apprécié, entre autres, mon épouse parce qu’Adrienne chantait mieux que Yolande. C’est l’effet chorale. En science, on avance avec des échecs et dans la vie, un élément négatif comporte souvent un effet positif comme le répète Ginette Reno. Et chaque année, dans nos décorations de Noël, il y a toujours une chorale ou deux.

En sixième année

Monsieur Marc Blackburn, le professeur, voulait avoir de bons résultats à présenter à l’inspecteur mais il avait un problème avec moi. J’étais très bon en tout sauf en dessin. Un jour, il s’est trompé en voyant une chasuble romaine là où j’avais dessiné une contrebasse. Il m’a suggéré d’écrire en-dessous ce que j’avais dessiné mais la méprise continuait. Le professeur en vint à me dire qu’il accepterait une démonstration d’une expérience à noter comme dessin. J’ai donc apporté en classe 2 téléphones chandelle, une pile et du fil. J’ai expliqué à la classe l’excitation des granules de charbon quand on parlait dans le microphone, ce qui laissait une variation équivalente dans l’électro-aimant de l’écouteur. Ouf. Une excellente note en dessin.

 Le téléphone chandelle est demeuré un objet fétiche que j’utilise dans les vidéos un peu comme on voit des gros micros sur les pupitres des animateurs de « Talk Show » américains. J’ai aussi eu de bonnes notes pour les langues de feu à la Pentecôte mais j’ai résolu d’éviter ici les sujets religieux.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. C’est comme la parabole des talents. On ne peut exceller en tout mais il importe de bien valoriser les talents qu’on a. La leçon vaut pour toute une vie.

En éléments latins

J’avais hâte d’apprendre le latin mais dès la première leçon, je devins malade. Ma jambe me faisait beaucoup souffrir en plus des symptômes grippaux habituels. En quelques jours, la douleur disparut mais la jambe resta paralysée.  C’était la polio avant les vaccins. Pendant la convalescence, j’avais ma grammaire latine Petitmangin mais je souhaitais de la distraction et demanda un VOM, un volt-ohmmètre. Ce fut accepté à condition que j’apprenne les 5 déclinaisons, les verbes réguliers et irréguliers. J’ai vite appris tout cela, je m’en rappelle encore ainsi que les lois de Georg Simon Ohm et de Gustav Kirchhoff.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. Le handicap modifie toute une vie, toute une carrière. Je suis lévogyre, je vire à gauche si j’avance trop vite. Je me disais que je ne ferais plus tourner les têtes mais je me trompais. Adrienne est toujours avec moi. D’autre part, comment ai-je pu apprendre et envoyer si vite les déclinaisons latines dans la mémoire à long terme ?

Le réveil matin

Encore jeune, je ne m’étais pas fixé à savoir si j’étais « mécanique, électronique, physique, philosophique » ni d’autre part « manuel ou intellectuel » un peu des deux quand même. Alors le réveil matin s’arrêta. Inutile de le remonter, de le « crinquer », le temps était mort pourtant le soleil se levait, se couchait, les jours se succédaient dans des mêmes séquences mais avec les variations qui font les joies et les peines des jours qui passent. Car on ne parle que du passé. Je me décidai à réparer le réveil matin ou plutôt à le démonter. D’où lui venait cette notion du temps. C’est comme chercher Dieu ou l’amour, les engrenages ne révèlent pas leur mystère. Ils abondent dans le réveil matin, ils fonctionnent presque en silence, juste un tictac dû à ce qu’on appelle l’échappement pour respecter le déroulement régulier du temps ou du ressort.

 L’ouverture de l’appareil a certes permis de découvrir le mécanisme mais le trouble est resté bien caché. L’opération n’avait rien changé sinon que je me retrouvais maintenant avec une ou deux petites roues dentées supplémentaires. Je fis le lien plus tard entre le cadran solaire et les transferts mécaniques et mathématiques qui ont permis cette imitation concrétisée par le développement de l’horlogerie. Encore plus tard, le temps mort du réveil m’a fait chercher le sens du temps. Pour Aristote, c’est la mesure du mouvement et pour Saint Augustin, il sait ce qu’est le temps si on ne le lui demande pas mais si on le lui demande, il ne le sait pas. Le temps synthétise tous les mystères. Tous les domaines d’étude s’en approprient une partie.  Avec les cloches, la société s’accorde sur son temps et si on bouge trop, on devient en décalage. Le pouls du temps, le tempo de la musique rythment la vie. C’est pour ça que j’aime une musicienne. Et dans tout cela, on espère un salut, une vie éternelle, c’est-à-dire au-delà du temps. Mystère. Je le rappellerai même après ma mort. Attendez mais je ne vais pas résoudre le mystère. Il faut se synchroniser jusqu’à ce que le décrochement final arrive.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. Le temps nous est donné. On peut le gaspiller, en profiter. Le temps, c’est la vie, terrien, pour les siècles des siècles

Le professeur invisible

Il y a cela cinquante ans. La technologie était relativement peu développée en éducation et les professeurs qui s’en servaient encore moins nombreux. Dans un cours de communication sociale, une caméra, c’était inconnu à l’époque, était placée à la place du professeur. Dans le cours, il s’agissait de traiter des axes de communication. Après avoir échangé avec les étudiants, le cours commence et je me place dans le petit bureau près de la tribune. Je parle à la classe avec un microphone comme à l’habitude et je vois le groupe dans un moniteur. Je dis explicitement qu’il devait y avoir une certaine instabilité parce que je n’étais pas visible, donc plus difficile à suivre pour un cours où normalement le professeur parle en avant du groupe.

 Le concept fut saisi par tous sauf une personne qui sortit de la classe pour se plaindre de mon absence au doyen qui passait par là. Du corridor il m’entendait et donc il assura cette personne de ma présence et de l’intérêt de mes propos, un genre d’évaluation gratuite du professeur. Du corridor, il était certain de ma présence car je parlais mais dans la classe cela devenait moins évident parce qu’on ne me voyait pas. Malheureusement pour la personne désorientée, quand elle est revenue en classe j’étais moi aussi revenu en avant du groupe. Est-ce qu’on peut être à la fois présent et absent en même temps ? À l’époque des ordinateurs connectés et des « Facetimes » de tous ordres, est-ce qu’on peut être à la fois orienté et désorienté. L’espace et la communication se globalisent comme dirait Mc Luhan. Il faut être sûr de soi et critique envers soi.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. La personne avait son intimité, sa pensée, son unicité. Les personnes communiquaient, s’aimaient ou se haïssaient, elles avaient une descendance à leur ressemblance. Les personnes sont en réseaux et leurs liens sont nombreux, fragiles, leurs partages trop fréquents. Les personnes du 21ème   siècle risquent d’être mêlées et exigeantes.

Secours compétent

Un étudiant voulant ajouter une trame sonore à sa vidéo vint me demander un conseil technique. Après échange et explication, il retourne au studio mais sans succès. À une deuxième reprise, il n’est pas plus chanceux. Enfin je me déplace en studio et pour détendre l’atmosphère, j’étends les mains sur le magnétoscope. « Quel est le nom de ton grand-père ? … de ta grand-mère ? » et j’insère le microphone dans la prise marquée MIC. Tout était résolu. Vrai mais pas pour longtemps car l’étudiant s’est promené dans le département en racontant comment j’étais fort (il voulait dire puissant). Il est facile de mélanger 1- humour, 2- sorcellerie, 3- technologie et pourtant, comme dirait Galilée, il suffit de placer le microphone à MIC. Le bon sens et le discernement l’exigent. Les formations brèves sont souvent déficientes sans compétence préalable.

Si on y voit une parabole, je l’interprète ainsi. Il ne faut pas oublier la présence des crédulités, des croyances. L’humour de l’un devient impasse pour l’autre. On est simultanément sur plusieurs pages.

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Jacques manie les automates, l'électronique, les designs thématiques, la pneumatique et la mécanique qui fait bouger les objets.

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Jacques est maître du lave-vaisselle et des vidanges, c'est toujours bien fait.

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En autant que sa charpente ne tiraille pas trop, il travaille en atelier, en électronique et pour divers bricolages créatifs.